Comprendre son ordonnance : les mentions et les abréviations
Une ordonnance tient en quelques lignes, et pourtant elle est dense. Voici ce que veulent dire les mentions qu’on y trouve, les abréviations comme QSP ou AR, et combien de temps elle reste valable.
Une ordonnance répond à trois questions : quel médicament, à quelle dose et à quel moment, et pendant combien de temps. Les abréviations qui reviennent le plus souvent sont QSP (quantité suffisante pour), AR (à renouveler) et NR (non remboursable). Pour la première délivrance, vous disposez de trois mois après la date de rédaction. Et en cas de doute sur une ligne, votre pharmacien la déchiffre en quelques secondes — c’est son métier.
Sortir du cabinet médical avec une feuille couverte de noms qu’on ne connaît pas, de chiffres séparés par des tirets et de sigles en majuscules, ça ne met pas particulièrement en confiance. On rentre chez soi, on relit, et on se rend compte qu’on n’est pas tout à fait sûr de ce qu’on a compris.
C’est une gêne très ordinaire, et elle se dissipe vite : une ordonnance suit toujours la même logique. Une fois qu’on sait où regarder, elle se lit en une minute.
Ce qui figure sur une ordonnance
En haut, le prescripteur : son nom, sa spécialité, ses coordonnées. Un médecin généraliste ou spécialiste le plus souvent, mais un chirurgien-dentiste, une sage-femme ou un pédicure-podologue peuvent également établir une ordonnance de médicaments, chacun dans son domaine. D’autres professionnels de santé — infirmiers, infirmiers en pratique avancée, masseurs-kinésithérapeutes, pharmaciens — disposent aussi d’un droit de prescription, mais dans des cas précis et limités.
Ensuite, vous. Nom et prénom, et selon les cas l’âge et le poids — deux informations qui peuvent être utiles, en particulier chez l’enfant, où la dose se calcule souvent au kilo.
Puis le cœur du document : la liste des médicaments, chacun accompagné de sa posologie et de sa durée. Le prescripteur peut y ajouter des conseils qui ne sont pas des médicaments et qui font pourtant partie du traitement — une recommandation alimentaire, une activité physique, un repos.
Le prescripteur précise également combien de médicaments comporte sa prescription. Et en bas, la signature : sans elle, l’ordonnance n’est pas valable.
La posologie : la dose, le moment, la durée
La posologie est la ligne qui indique comment prendre le médicament. Elle contient presque toujours trois éléments : combien, quand, et pendant combien de temps.
« 1 comprimé matin et soir pendant 7 jours » se lit sans difficulté. D’autres notations sont plus sèches — une suite de chiffres séparés par des tirets, correspondant aux différents moments de la journée. Le principe reste le même : chaque position correspond à un moment, chaque chiffre au nombre d’unités.
Certaines lignes précisent en plus le moment par rapport aux repas, ou la voie d’administration. Si une posologie vous paraît ambiguë, ne tranchez pas au jugé : le pharmacien la relit avec vous au moment de la délivrance, et c’est exactement le moment prévu pour ça.
QSP, AR, NR : les abréviations les plus fréquentes
QSP signifie « quantité suffisante pour ». Le prescripteur indique une durée plutôt qu’un nombre de boîtes, et le pharmacien délivre ce qu’il faut pour couvrir cette durée. « QSP 1 mois » veut donc dire : de quoi tenir un mois.
Cette notation a une conséquence concrète que beaucoup découvrent au comptoir : les boîtes ne sont pas calibrées sur les mois. Une boîte de 30 comprimés couvre trente jours à raison d’un par jour, mais quinze jours seulement à deux par jour. Le compte tombe donc rarement rond, et la quantité délivrée peut ne pas correspondre à ce que vous aviez en tête.
AR veut dire « à renouveler ». Le prescripteur autorise plusieurs délivrances successives sur la même ordonnance, en général avec le nombre de renouvellements prévus.
NR signifie « non remboursable ». Attention au contresens : cela ne dit rien de l’utilité du médicament, seulement qu’il ne sera pas pris en charge par l’Assurance Maladie. Il reste prescrit, et il reste à prendre.
« Non substituable » : MTE, EFG, CIF
Quand un prescripteur veut empêcher le remplacement par un générique, il ne peut pas simplement l’écrire : il doit justifier sa décision par l’un des trois motifs prévus, que vous verrez apparaître sous forme de sigle.
MTE vise les médicaments à marge thérapeutique étroite, pour lesquels la stabilité de la dispensation est en jeu. EFG concerne la prescription chez l’enfant de moins de six ans, lorsqu’aucun générique n’existe sous une forme adaptée à cet âge. CIF correspond au cas d’un patient présentant une contre-indication formelle et démontrée à un excipient à effet notoire.
En dehors de ces trois situations, la substitution reste possible.
Nom de marque, DCI, générique
Un même médicament porte souvent deux noms. Le nom commercial, choisi par le laboratoire, est celui qui figure sur la boîte. La DCI — dénomination commune internationale — est le nom de la substance active, identique partout dans le monde.
Les ordonnances désignent de plus en plus les médicaments par leur DCI, éventuellement suivie d’un nom de marque ou de laboratoire. C’est ce qui permet au pharmacien de vous proposer un générique : même substance active, même dosage, boîte différente.
C’est aussi ce qui explique une confusion fréquente et parfois risquée : deux boîtes qui ne se ressemblent pas peuvent contenir exactement le même principe actif.
Si vous avez un doute sur un médicament qui vous semble faire double emploi avec un autre, la question se pose au pharmacien avant de prendre quoi que ce soit.
Combien de temps une ordonnance reste-t-elle valable ?
C’est la question qui revient le plus, et elle mélange en réalité deux délais différents.
Le premier concerne la première délivrance. Pour obtenir vos médicaments en pharmacie une première fois, vous disposez de trois mois maximum à compter de la date de rédaction de l’ordonnance. Passé ce délai, elle ne permet plus d’ouvrir le traitement.
Le second concerne la durée du traitement lui-même. Une ordonnance ne peut pas permettre de délivrances au-delà de douze mois : c’est le plafond légal, et non une durée par défaut. La durée effective est celle qu’indique le prescripteur, souvent bien plus courte. Certains médicaments sont plafonnés plus bas : certains anxiolytiques, par exemple, sont limités à douze semaines.
Deux cas particuliers méritent d’être connus. Pour les médicaments stupéfiants, l’ordonnance doit être présentée à la pharmacie dans les trois jours : passé ce délai, elle n’est pas annulée, mais le pharmacien ne peut plus délivrer que la quantité correspondant à la durée de traitement restant à courir. Et à l’inverse, si vous suivez un traitement chronique prescrit pour au moins trois mois, que votre ordonnance a expiré depuis moins d’un mois et que l’interrompre serait préjudiciable, le pharmacien peut, à titre exceptionnel, vous dépanner par périodes d’un mois dans la limite de trois mois — un dispositif qui exclut les stupéfiants et certains psychotropes, et qui ne remplace pas une nouvelle consultation.
Du papier au quotidien
Comprendre son ordonnance, c’est une chose. La faire tenir dans une semaine réelle en est une autre — surtout avec plusieurs médicaments, des horaires différents et des durées qui ne se terminent pas le même jour.
C’est le passage où les erreurs se glissent : une ligne recopiée de travers, une durée mal reportée, un traitement qu’on continue alors qu’il devait s’arrêter. Pilou est né de ce constat. Vous photographiez votre ordonnance, l’application en tire les médicaments, les posologies, les durées et les créneaux, et vous prépare le pilulier correspondant. Vous vérifiez, vous corrigez si besoin, vous validez.
Les rappels de prise, eux, ne sont jamais limités, y compris dans la formule gratuite. On ne rate pas une prise parce qu’on n’a pas payé.
Questions fréquentes
Que veut dire « QSP » sur mon ordonnance ?
Mon ordonnance date de plus de trois mois, puis-je encore aller à la pharmacie ?
Que signifie « non substituable » ?
Une ordonnance « à renouveler » se renouvelle-t-elle indéfiniment ?
Le générique qu’on me propose est-il vraiment le même médicament ?
Puis-je photographier mon ordonnance au lieu de la recopier ?
Sources
Ce guide s’appuie sur les textes officiels français en vigueur et sur les publications des organismes publics de santé.
- Article R. 5123-2 du code de la santé publique — exécution des ordonnances et durée maximale de délivrance.
- Article R. 5132-22 du code de la santé publique — délivrance et renouvellement des médicaments des listes I et II.
- Article R. 5132-33 du code de la santé publique — délivrance des ordonnances de médicaments stupéfiants.
- Article L. 5121-1 du code de la santé publique — définition de la spécialité générique.
- Article L. 5125-23-1 du code de la santé publique — dispensation par le pharmacien lorsque l’ordonnance a expiré.
- Décret n° 2024-1070 du 26 novembre 2024 — dispensation supplémentaire exceptionnelle de médicaments et de dispositifs médicaux dans le cadre d’un traitement chronique.
- Arrêté du 7 octobre 1991 — liste des substances à propriétés hypnotique ou anxiolytique dont la durée de prescription est réduite.
- Arrêté du 12 novembre 2019 — situations médicales dans lesquelles la substitution par un générique peut être exclue (mention « non substituable »).
- Bien lire et utiliser une ordonnance de médicaments — Assurance Maladie (ameli.fr).
- Droits de prescription — Assurance Maladie (ameli.fr) : professionnels de santé habilités à prescrire.
- Médicaments stupéfiants et assimilés : conditions de délivrance — Meddispar, Ordre national des pharmaciens.
- Médicaments hypnotiques ou anxiolytiques : conditions de prescription — Meddispar, Ordre national des pharmaciens.
Textes vérifiés le 1er août 2026. Les règles peuvent évoluer : en cas de doute, votre pharmacien reste la référence.
Photographiez votre ordonnance : Pilou en tire vos médicaments, leurs posologies et leurs durées, puis prépare votre pilulier. Sans compte. Vos données restent sur votre téléphone — seule la photo d’ordonnance est analysée en France le temps de la lecture, puis supprimée.
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